


AU JAPON
C’est LA bande dessinée japonaise. Son format poche présente l’intérêt de pouvoir l’emmener et le lire partout (dans les très nombreux transports en commun, dans les très longues files d’attente…) si bien qu’il fait partie intégrante de la société japonaise. Il existe autant de catégories de mangas que de catégories de lecteurs : écolier, femme active, adolescent, cadre… C’est une littérature à part entière avec sa multitude de genres (fantastique, humoristique, policier, érotique, historique…). Comme toute autre forme écrite au Japon, le manga se lit de droite à gauche (pages, cases et bulles). De faible coût, il est publié en noir & blanc et protégé par une simple jaquette en couleur. Sa narration se partage en chapitres qui correspondent le plus souvent aux épisodes que l’on peut trouver en avant première dans les magazines de pré-publication. Ces derniers sont légion, la plupart des mangas ne connaissant d’ailleurs que cet unique support. Les lecteurs réagissent d’une semaine à l’autre sur leur titre préféré, envoient leurs critiques et leurs conseils à l’auteur. Être publié par la suite dans un recueil c’est le début de la gloire pour le mangaka. Alors être traduit !EN FRANCE
L’époque où le manga était une lecture restreinte à un public de connaisseurs et de "japanophone" est bel et bien révolue. Longtemps décrié (et à tort) pour son caractère violent le manga trouve maintenant sa place aux côtés de nos chères bandes dessinées. Les trentenaires d’aujourd’hui, bercés dans leur enfance par les dessins animés japonais (Heidi, Albator, Cat’s Eyes, ou Goldorak pour n’en citer qu’une infime partie) et le succès toujours grandissant de réalisateurs comme Hayao Miyazaki (Nausicaa, Princesse Mononoké, le Voyage de Chihiro, le Château Ambulant) ou Isao Takahata (le Tombeau des Lucioles) y sont certainement pour beaucoup. Les premières éditions de mangas étaient adaptées à la lecture française. Il suffisait pour cela à l’éditeur d’inverser les planches (comme dans un miroir) et le tour était joué. Seulement cette manipulation entraînait aussi de grandes erreurs d’adaptation si la traduction n’allait pas de paire. Les grands exemples sont des fautes de latéralisation (le héros parle de sa main droite et c’est sa main gauche qu’il désigne sur le dessin) ainsi qu’une inversion de tout ce que le dessin peut contenir comme inscriptions en japonais (les enseignes, les emblèmes de clans, les kanji et autres idéogrammes). Dans un souci de fidélité et de respect de l’œuvre, de plus en plus de traducteurs ont pris l’habitude de garder le sens original de lecture (de droite à gauche) et la pratique s’est maintenant généralisée.
Le SHONEN Qu’est-ce que c’est ?
Littéralement "jeune garçon" en japonais, le Shonen est un manga orienté vers l’action et le dépassement de soi. Le plus souvent, le récit, typiquement initiatique, met en scène un héros encore enfant confronté à une multitude d’épreuves qui feront de lui un homme. Cette trame peut paraître un peu caricaturale mais c’est en fait un schéma habituel du manga pour jeune lecteur. Si, au tout début du récit, le jeune garçon ne sait pas encore de quoi il est capable, c’est parce qu’il faut qu’intervienne un bouleversement irrémédiable dans sa vie qui changera sa vision du monde et de lui-même. De plus, pour l’aider dans sa progression, le héros dispose de deux forces. D’abord il est poussé en avant par un but ultime (la vengeance, la recherche d’un bien ou d’un être cher, la quête de savoir, …). D’autre part, il possède un pouvoir hors du commun qui va grandement l’aider dans sa quête et qui peut être magique, psychique, démoniaque, physique (une force exceptionnelle) ou bien incarné dans un personnage adjuvant : fantôme, robot ultra-perfectionné (qu’on appelle communément un méka), animal ou extra-terrestre.
Quelques Shonen incontournables:
DragonBall
Ce shonen est l’emblème de toute une génération de lecteurs de mangas. On se souvient de l’époque du Club Dorothée (si, si, souvenez-vous…) qui diffusait la version animée du manga papier et des protestations des parents contre sa violence et la confusion du scénario. Que dire d’autre sinon qu’il faut lire DragonBall pour comprendre que ce n’est ni de la violence ni du nimportequoi. Petit résumé pour ceux qui n’auraient pas encore ouvert les pages de ce manga culte : Bulma, fille de la ville, est à la recherche des sept boules de cristal. Une fois réunies, ces sept boules feront apparaître un dragon qui exaucera un seul de ses vœux, le sien étant un fiancé ou une montagne de fraises, elle ne sait pas trop encore. Son détecteur de Dragonball l’emmène au plus profond de la campagne où elle rencontre le propriétaire de la boule à quatre étoiles, un petit garçon du nom de Sangoku. Affublé d’une queue de singe et d’une force herculéenne, ce dernier a toujours vécu avec son grand-père, n’a jamais rencontré de fille de toute sa courte vie et est d’une telle ingénuité que c’en est affligeant. Bulma lui explique que s’il veut devenir un homme il faut qu’il parcoure le monde et parte à la recherche des Dragonball avec elle. Son grand-père étant mort, il n’a plus de raison de rester et part avec la jeune fille dans une quête qui ne sera pas sans risque et sans rebondissement. Voilà. Sachez aussi que les premiers tomes de DragonBall sont extrêmement comiques (jusqu’à en rire à gorge déployée) et si vous voulez tout savoir sur Tortue Géniale, le Kaméhaméha et le Nuage Supersonique, lancez-vous dans la lecture de cet excellent manga.
DRAGONBALL de Akira Toriyama Paru chez Glénat en 42 tomes ou 21 tomes doubles. Série complète
Naruto
Dans le village caché de Konoha, un apprenti ninja, Naruto, multiplie les frasques pour se faire remarquer. Sceau vivant du Démon-Renard qui dévasta le village 10 ans plus tôt, le garçon est livré à lui-même et déprécié par les habitants de Konoha. Pour prouver sa force et susciter l’admiration de ceux qui le rejettent, Naruto s’est donc fixé un but ultime : devenir Haut-Hokage, la plus importante distinction chez les ninjas. Entouré de Sasuke et Sakura, Naruto apprend le difficile “métier” de ninja sous la tutelle de Kakashi, professeur puissant et mystérieux. Naruto est un shonen typique dans son scénario : montée en puissance du héros, multiples rebondissements, ennemis de plus en plus inquiétants. Là où Naruto se démarque, c’est surtout par sa quantité de personnages plus charismatiques les uns que les autres. Ils possèdent tous un caractère et un passé que l’auteur se plaît à étoffer de chapitres en chapitres, chacun maîtrisant une technique de combat particulière que les nombreuses compétitions permettront de confronter. Au Japon, Masashi Kishimoto, auteur des Naruto, a décidé de marquer une pause dans l’écriture de son scénario principal (correspondant à une ellipse de trois ans dans l’histoire, le temps de laisser grandir chaque personnage) et de se lancer dans un récit qui ravira les fans de la série : raconter la jeunesse de Kakashi. Un très très bon shonen à lire de toute urgence !
NARUTO de Masashi Kishimoto Paru chez Kana en 19 tomes Série en cours
Bleach
Ichigo Kurozaki mène une vie tranquille entre le lycée et la maison-clinique où son père est médecin. Mais, parce qu’il possède une aura particulièrement développée et la capacité de voir les fantômes, Ichigo va se faire attaquer par un Hollow, un esprit maléfique attiré par les pouvoirs de l’adolescent. Sauvé de justesse par une jeune femme habillée en kimono et armée d’une épée, Ichigo va à son tour porter secours à celle qui se dit être un shinigami, un chasseur de fantômes. Blessée et trop faible pour se battre, celle-ci va transmettre ses pouvoirs au jeune homme. Tous les ingrédients typiques du shonen sont dans Bleach : le héros aux pouvoirs qui impressionnent tout le monde, les monstres toujours plus puissants, les combats titanesques dont le héros sort toujours blessé et vainqueur, les ennemis qui finissent par devenir des amis, l’animal petit et mignon qui apporte le côté comique, les amis qui seront toujours là, etc, etc… Bleach n’en est pas moins un très bon manga. Scénario dynamique, graphisme splendide et original, l’auteur réussit à mêler histoire de samouraï-shinigamis à une trame fantastique riche.
Bleach de Tite Kubo Paru chez Glénat en 12 tomes Série en cours
Kyo
Samurai Deeper Kyoshiro Mibu est un ronin (samuraï sans maître) qui s’est juré de ne plus tuer personne et s’est reconverti en pharmacien ambulant. Il croise la route de Yuya, une chasseuse de prime qui reconnaît en lui un malfaiteur dont la tête est justement mise à prix. Elle le capture et décide de le remettre aux autorités. Ce que Yuya ignore, c’est que le corps du ronin renferme deux esprits : l’un est Kyoshiro (le véritable propriétaire du corps) et l’autre n’est autre que Kyo aux Yeux de Démon, responsable de la mort de 1000 personnes (et retenu dans cette prison de chair depuis que Kyoshiro a caché son véritable corps). Les esprits s’affrontent donc continuellement pour avoir le dessus, Kyo reprenant l’avantage quand la colère ou le danger terrasse Kyoshiro. Tout cela vous paraît compliqué ? Il n’en est rien mais ceci prouve le véritable intérêt de Kyo Samuraï Deeper : un scénario qui s’épanouit de chapitre en chapitre et un personnage principal qui se complexifie au fil du temps grâce à cette ambivalence qui lui est propre. Ajoutez à cela de multiples intrigues et des affrontements de samouraïs plus spectaculaires les uns que les autres et vous obtenez un très bon shonen dont il est difficile de décrocher. Graphisme splendide, scénario passionnant, personnages torturés, voilà la recette de Kyo, un manga à dévorer à partir de 12 ans.
Le SHOJO Qu’est-ce que c’est ?
"Jeune fille" en japonais. Le shojo est, à la base, un manga pour filles. Mais ne nous cachons pas, il y a autant de garçons qui le lisent et ils ont bien raison. Orienté vers l’expression des sentiments, le shojo aborde des thèmes classiques : amitié, incompréhension entre hommes et femmes, recherche de l’amour. Chacun cherche à comprendre l’autre et à se faire accepter, les sentiments se dévoilent, les corps se rapprochent… Mais stop. Le shojo, c’est du sentiment, pas du sexe. On reste dans une pudeur toute adolescente, dans une quête d’amour qui parfois échoue, parfois réussit. Les quiproquos font partie de ce jeu, dédramatisant une scène de tension, transformant les larmes en rire. Il existe des quantités de shojos différents, certains très adolescents dans leurs scénarios (Gals, Peach Girl, Video Girl Aï, Love Hina, Mint Na Bokura, Marmalade Boy …), d’autres plus matures et plus torturés (Fruits Basket, Mars, Please save my Earth, Nana …).
Fruits Basket
Tohru Honda vient juste de perdre sa mère et vit sous une tente pour éviter d’être une charge trop importante pour son grand-père. En allant au lycée un matin, elle rencontre Yuki Soma, un camarade de classe qui, apprenant sa situation, lui propose de venir habiter chez lui en échange de petits services ménagers. Yuki ne vit d’ailleurs pas seul, il cohabite avec Shigure, son oncle et Kyo, son cousin. Tohru accepte et ce faisant, elle ne va pas tarder à découvrir la malédiction qui hante douze membres du clan Soma. Chacun des douze porte la malédiction d’un animal zodiacal : il suffit ainsi qu’une personne du sexe opposé les serre dans ses bras pour qu’ils se transforment en cet animal (Yuki, par exemple, est du signe du rat). Ces douze "maudits" sont donc forcés de vivre loin de tout contact humain, cette solitude étant bien lourde à porter. C’est justement là que Tohru intervient.
D’une sensibilité, d’une gentillesse et d’une générosité à toute épreuve, Tohru apporte un côté humain aux tensions qui vérolent la famille Soma. Akito, chef de clan et porteur du poids le plus lourd de la malédiction, voit en cette jeune fille une ennemie à détruire, le manque de cohésion de la famille lui assurant le pouvoir sur les maudits. Ce shojo est un chef d’œuvre. Sensible, touchant, il met en image une souffrance inhérente à chacun d’entre nous : la crainte de ne pas être d’accepté, la peur et le désir d’aimer et d’être aimé ; la volonté de guérir malgré un passé douloureux qui resurgit constamment.
