


«La vie m'apparaît comme une aventure drolatique et pathétique qui se conclut par une disparition» N.Bouvier (1929-1998)
Bouvier : un tel nom ne prédestinait pas l'homme à une vie urbaine immobile.
Ce cow-boy des grands espaces ―«l'espace est ma drogue» dit-il―, ce vacher qui s'illustre mieux à dompter une Fiat Topolino sur les pistes afghanes qu'un boeuf dans les alpages helvétiques(!), a vu loin. Loin comme un voyage caressant les frontières traîtres et délicates, infaillibles, de la mort. Et d'avoir disparu, ses écrits demeurent éternels.
Nicolas Bouvier se définit comme voyageur-écrivain. Ma grande affection pour l'oeuvre de ce discret érudit, sauvage et libre esprit, élégant passeur de sons et d'images, m'autorise-t-elle à affirmer le contraire : Ecrivain-voyageur?.. en ce sens qu'une telle plume ne s'entretient et ne s'affine que par la constance d'un grand labeur. Le voyage n'est-il pas tout du moins la source d'inspiration, le fruit de l'imagination, la route nourrissant les racines du verger?
Bref, vaine querelle d'appartenance! J'en viens aux faits : Permettez-moi de n'attendre point l'hiver 2008 (dixième anniversaire de la mort de Bouvier) pour fêter notre homme de lettres et d’images, alors qu'Ella Maillart, disparue il y a dix ans tout juste, à la question de connaître l'état de la route Genève-Madras, répondait à son compatriote zélé en 1952: «Partout où des hommes vivent, un voyageur peut vivre aussi»
«Chaque voyage est le plus beau voyage du monde. Ce qui fait le voyage, ce n'est ni la longueur ni la durée, ni ce que l'on appelle les merveilles, les chefs d'oeuvre qu'il peut nous arriver de voir. Le voyage est d'abord fait de lui-même. C'est un espace longiligne, dans lequel, comme une fissure de la planète, tombent images, profils, mots, sons, monuments et brins d'herbe. On peut faire dix mille miles sans avoir voyagé pour autant; on peut faire une promenade, et la promenade peut devenir cette fissure, être voyage.» écrit G.Manganelli dans Italies excentriques paru aux éditions Gallimard (Collection Le Promeneur/2006).
Cette fissure, cet espace longiligne, Nicolas Bouvier les dessine enfant, en rêvant sur les cartes géographiques. Puis la brêche se traduit à l'âge adulte par un état de manque. Il dira à ce titre que c'est ce dernier qui pousse au départ, qui encourage l'aventure.
Un état de manque ―«On voyage pour que les choses surviennent et changent; sans quoi on resterait chez soi» ― se passe de motifs. Le voyage ne se justifie pas même, au contraire du tourisme qui nécessite une stricte organisation et qui ne défie que très rarement les lois d'une incertaine folie aventureuse. On fait du tourisme peut-on affirmer sans risque comme on fait du sport (n'entendons pas même certains dire qu'ils ont fait un pays... tout un programme!), quand nos emplois du temps bien chargés nous le permettent. A contrario : «On croit faire un voyage, mais bientôt c'est le voyage qui vous fait, ou vous défait» écrit Bouvier.
Plutôt qu'un éloge supplémentaire de L'usage du monde, je ne puis résister à l'envie de vous présenter quelques fragments de ce livre culte. Suivra la présentation d'une riche bibliographie. Nous nous tenons, chers amis lecteurs, à votre disposition pour vous faire découvrir et partager notre passion.
Bonnes lectures.
Stéphane, rayons Voyage
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