Le siècle des nuages DeForest, Philippe | Gallimard
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«Ils descendaient depuis l'azur, laissant vers le bas grossir
la forme de leur fuselage, traçant doucement leur trait au
travers des nuages. Le vrombissement des quatre moteurs,
juchés sur le sommet des ailes, enflait, vibrant dans le vide,
résonnant jusqu'à terre. Leur ventre touchait enfin la surface
de l'eau, projetant à droite et à gauche un panache
puissant qui retombait en écume, bousculant tout avec des
remous épais qui dérangeaient les barques amarrées et
remontaient haut sur ... Lire la suite.
«Ils descendaient depuis l'azur, laissant vers le bas grossir
la forme de leur fuselage, traçant doucement leur trait au
travers des nuages. Le vrombissement des quatre moteurs,
juchés sur le sommet des ailes, enflait, vibrant dans le vide,
résonnant jusqu'à terre. Leur ventre touchait enfin la surface
de l'eau, projetant à droite et à gauche un panache
puissant qui retombait en écume, bousculant tout avec des
remous épais qui dérangeaient les barques amarrées et
remontaient haut sur le bord des berges.
C'était l'été sans doute. Les vacances étaient déjà commencées.
Il avait couché son vélo dans l'herbe toute brûlée
par la chaleur du soleil. Peut-être attendait-il allongé sur le
sol ou bien se tenait-il assis sur un ponton, les jambes se
balançant au-dessus du courant très lent. À perte de vue, le
grand ciel bleu du beau temps recouvrait le monde. Il regardait
descendre vers lui le signe en forme de croix de la carlingue
et des ailes. Lorsque l'avion heurtait l'eau, le choc le
ralentissait net. Forant dans le fleuve une tranchée immatérielle,
il creusait son sillage entre les rives, rebondissant formidablement
d'avant en arrière, basculant sur l'un et puis
l'autre de ses flancs, oscillant sur ses deux flotteurs jusqu'à
ce qu'il s'arrête enfin : rond avec son ventre vaste comme
celui d'une baleine, inexplicable parmi les péniches et les
navires de plaisance, immobile comme un paquebot étrange
mouillant au beau milieu des terres.»
Depuis L'enfant éternel, prix Femina du premier roman
1997, et Sarinagara, prix Décembre 2004, Philippe Forest a
publié plusieurs romans et essais aux Éditions Gallimard,
dont Le nouvel amour en 2007 et Araki enfin en 2008.