ISBN :978-2-07-013342-0
Éditeur :Gallimard
Date Parution :
Collection :Continents noirs
Nombre de pages :240
Dimensions : 20 x 14 x 1 cm
Poids : 330 g
Langue : français
Notre-Dame du Nil
De Scholastique Mukasonga
Scholastique Mukasonga (Auteur) a également contribué aux livres...
Dossiers relatifs au livre "Notre-Dame du Nil"
Scholastique MUKASONGA à l'Armitière. RdV vendredi 15 mars à 18H
Commentaires
Identifiez-vous pour écrire un commentaire.

![]()
Par .
Au Rwanda, le lycée de Notre-Dame du Nil veut former l’élite féminine de demain. Il s’agit surtout de préserver la virginité de ces filles qui feront l’objet de mariages glorieux ou juteux. Pour une famille rwandaise, une fille représente une richesse précieuse. « Elle était assurée que sa fille recevrait au lycée Notre-Dame du Nil l’éducation démocratique et chrétienne qui convenait à l’élite féminine d’un pays qui avait fait la révolution sociale qui l’avait débarrassé des injustices féodales. » (p. 28)

prélude à un massacre annoncé
![]()
Dans ce court roman écrit avec une économie de moyens extrêmement efficace, Scholastique Mukasonga, écrivain rwandaise dont une grande partie de la famille a péri lors du génocide de 1994, nous fait revivre le quotidien d'un lycée catholique pour jeunes filles de la bonne société rwandaise dans le courant des années 1970.
Le microcosme du lycée "Notre-Dame du Nil", prend des airs de laboratoire à taille réelle où se développe, tel un cancer, la haine entre Hutus et Tutsis, haine qui conduira une vingtaine d'années plus tard au dénouement dramatique que l'on sait. Tout y est : amitiés sincères ou diplomatiques, jalousies, bourrage de crâne idéologique, hypocrisie (voire complicité) des religieux, cynisme et corruption des politiques, indifférence des blancs qui voient le désastre arriver sans réagir...
Parvenu à la fin de ce livre qui laisse comme un goût amer dans la bouche, on cerne mieux la genèse de cette flambée de folie meurtrière collective que fut le génocide rwandais.

![]()
Parfois pour raconter une tragédie, rien ne vaut d'en évoquer les frémissements. La romancière rwandaise Scholastique Mukasonga, se définissant elle-même comme "une survivante, pas une rescapée" du massacre des Tutsi, choisit de placer l'action de son livre dans un lycée de jeunes filles situé sur les hauteurs de Kigali. Construit en douze chapitres dont chacun pourrait presque se lire comme une nouvelle, l'auteur nous narre les fantasmes et les désillusions de ses héroïnes dont le quotidien, nimbé de la haine qui a mené à limiter le quotat des élèves tutsi à 10 %, est le reflet des tensions qui plongèrent tout un peuple dans la discorde. Jusqu'au génocide que l'on sait et dont fut victime la famille de Scholastique Mukasonga.
Le drame qui sourd d'un bout à l'autre de ce fabuleux et émouvant roman n'empêche pas la fantaisie et parfois même l'humour. C'en est sa grande force et sûrement ce qui lui valut en partie et à juste titre le Prix Renaudot 2012.
![]()
Dans les années 1970, un pensionnat de jeunes filles, situé à 2500 mètres d'altitude, se prépare à recevoir ses élèves pour la rentrée scolaire. Jeunes filles de bonnes familles, diplomates et ministres, elles arrivent dans des Mercedes, des Range Rovers et autres voitures de marque. Elles se préparent à une nouvelle année, où elles vont vivre et suivre des cours dans cette immense bâtisse située si près du ciel. Mais en réalité, c'est en enfer qu'elles vont aboutir. En effet, nous sommes dans les années 70, la majorité des jeunes femmes sont Hutus mais les quotas ségrégationnistes obligent l'école à accepter 10% de filles Tutsis. Et pour elles, c'est un cauchemar. Ainsi, Véronica et Virginia les deux seules Tutsis de la classe de terminale vont subir les malveillances de l'effroyable Gloriosa, fille d'un dignitaire convaincu de la « toxicité » des Tutsis.
Nous sommes ici bien avant les massacres du génocide mais on perçoit déjà les prémisses d'une haine féroce.
L'auteure raconte avec humour et vivacité le récit tragique de ce Rwanda, violent et haineux.

![]()
Par .
Perché dans les nuages, à 2493 mètres, tout près de la source du Nil, le lycée Notre-Dame du Nil accueille la future élite féminine de la nation rwandaise. Les chastes jeunes filles, issues des meilleures familles, viennent y décrocher un diplôme qui plus sûrement qu'un travail, leur permettra de trouver un mari dans les hautes sphères de la société. Soeurs catholiques, professeurs belges et coopérants français leur inculquent les valeurs démocratiques et chrétiennes qui conviennent dans un pays qui a mené à bien sa révolution sociale. Harmonieuse en apparence, l'ambiance est pourtant délétère. La société rwandaise est divisé entre Hutus et Tutsis et ce clivage a pénétré cet antre du savoir. Les élèves hutus y sont largement majoritaires et n'hésitent pas à humilier les jeunes filles tutsis qui ne sont là que par la grâce d'un quota imposé par l'état. La plus virulente est Gloriosa qui rêve d'une carrière politique au sein du Parti du peuple majoritaire et aime à rappeler à Virginia et Véronica qu'elles ne sont que des cafards qui n'ont rien à faire à Notre-Dame du Nil. Autour d'elle, une cour s'empresse même si Immaculée ne partage pas ses positions et que Modesta est tiraillée par ses origines métisses.
Plus proche voisin du lycée, Monsieur de Fontenaille, un vieil original, est bien le seul à regretter le temps où les Tutsis étaient les maîtres du pays. Persuadés qu'ils sont venus d'Egypte et descendent des pharaons, il cherche son Isis dans le visage des élèves tutsis. Déesses pour les blancs, parasites pour les Hutus, les Tutsis du lycée essaient d'obtenir leur diplôme sans faire de vague pour qu'un jour elles ne soient plus ni hutus ni tutsis mais simplement des "évoluées".
Situé après l'indépendance du Rwanda et avant le génocide de 1994, le roman de Scholastique MUKASONGA dépeint les prémisses d'une haine larvée qui deviendra une guerre.
Cela commence comme une chronique bon enfant qui décrit la vie dans un lycée de jeunes filles catholique : l'arrivée en grande pompe des élèves le jour de la rentrée, le pèlerinage annuel à la Vierge du Nil, les amitiés, les cours, les professeurs...Mais très vite, on perçoit un malaise. Gloriosa, élève crainte et respectée, leader politique en devenir, cristallise les travers d'un pays qui se veut indépendant et démocratique mais favorise les Hutus, le "peuple majoritaire". On ressent l'opposition, la rivalité, la haine même que les Hutus portent aux Tutsis et qui va aller en grandissant tout au long de l'année scolaire. Les petites remarques acerbes deviendront des insultes plus crûes et dégénéreront en haine raciale, appel à la violence, voire au meurtre. Pendant que les élèves hutus appellent à l'épuration ethnique, rameutent leurs troupes et organisent le massacre, les blancs ferment pudiquement les yeux sur un conflit dont ils ont pourtant été les instigateurs, ayant bouleversé le système clanique traditionnel en place à l'époque de la colonisation et favorisé à tour de rôle un camp au détriment de l'autre, au gré d'obscures alliances politiques.
Roman fort, beau et puissant, Notre-Dame du Nil n'est malheureusement pas issu de la seule imagination de son auteure. Elle-même rescapée du génocide, Scholastique MUKASONGA s'est inspirée de ses propres souvenirs pour décrire un pays qui se déchire toujours. Et pourtant, on sent tout l'amour pour le Rwanda dans ce livre avec ses rites, ses traditions, ses croyances, ses paysages, ses gorilles...Un pays magnifique qui a connu l'horreur et qui mériterait une paix solide et durable.














