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La Mère

Pearl Buck

Le Livre de poche

  • Conseillé par
    16 août 2012

    Dans un village de Chine, une femme est heureuse. Elle est mère de deux enfants, son mari est beau et la vie, bien que rude, lui offre un grand contentement. Les grossesses ajoutent un surcroît de peine aux journées de travail. « Cependant elle était heureuse, plus heureuse que jamais, lorsqu’elle se trouvait enceinte et débordante de vie. » (p. 20) La mère est efficace, vaillante, vigoureuse, tendre avec sa belle-mère, affectueuse avec ses enfants et son époux. Elle incarne l’alma mater épanouie et radieuse. Dans une existence immuable, la mère vit un labeur heureux.


    Mais la douce sérénité et l’apaisante continuité des jours ne suffisent pas à contenter l’époux qui quitte la maison pour ne plus y revenir, abandonnant enfants et femme. « Elle restait là avec les trois enfants et la vieille femme et lui était parti ! » (p. 64) L’espoir du retour de l’époux diminue chaque jour, mais la mère maintient les apparences tant qu’elle le peut. « Je suis une pauvre femme bien malheureuse, car je n’ai, en fait d’homme, que celui que je me forge avec des mots et des tromperies. » (p. 102) Désormais seule pour assumer la charge de la famille, elle endure sans se plaindre un labeur bien plus grand. Mais cette femme faite pour être mère souffre de la solitude et de ne plus pouvoir concevoir. À mesure que les années passent, la mère reporte sur ses enfants toute l’attention dont elle dispose, elle sacrifie sa propre vie pour expier. Derrière cette mère de douleur se cache une faute qu’elle mettra toute une vie à effacer.
    J’ai aimé ce roman sans prénom où chacun n’est représenté que par sa place dans la famille. Pearl Buck sublime la femme : elle peut être beaucoup de choses, mais elle n’est accomplie que si elle est mère. C’est un discours très dépassé pour aujourd’hui, mais qui porte une certaine part de vérité immuable. Face à son homme ou à la richesse, la mère fait toujours passer ses enfants. Plus qu’un sacrifice, c’est un choix serein qui comprend sa part de peine.
    Ce récit très lent et mélancolique est le premier texte de Pearl Buck que je découvre. Ce ne sera certainement pas le dernier. La plume de cette auteure est belle, très tendre pour une Chine qu’elle aime en dépit de ses défauts.