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La part du feu

Hélène Gestern

Arléa

  • Conseillé par
    17 mai 2013

    C'est par hasard, et sur le tard, que Laurence apprend que celui qui l'a élevée n'est pas son père biologique. Cette révélation mûrit pendant un an avant que, à la faveur d'une absence de ses parents, elle fouille les boîtes que sa mère accumule depuis que sa santé décline. C'est ainsi qu'elle trouve des lettres de Guillermo Zorgen, un militant d'extrême-gauche décédé aujourd'hui mais qui a fait parler de lui dans les années 70. Au fil de ses recherches, Laurence découvre un homme passionné et charismatique qui a provoqué autant d'amour que de haine. En même temps, elle appréhende la jeunesse de ses parents dont elle ignorait tout. Son père lui demande d'arrêter cette enquête mais il est trop tard, Laurence a désormais besoin de savoir qui elle est et qui était son père.


    Des lettres, de rares photos, des témoignages réticents, des articles de journaux, voilà le peu de choses dont dispose Laurence pour remonter le temps et explorer le passé trouble de ses parents. Malgré eux et malgré les menaces, elle persiste dans sa quête d'identité. Mais ces secrets de famille ne sont que le prétexte dont se sert l'auteure pour nous emmener dans la France d'après mai 68 quand, une fois le calme revenu et la majorité remise dans le droit chemin, certains n'ont pas voulu abandonner leurs idéaux et sont entrés dans la clandestinité. Radicaux et extrémistes, ces groupuscules ont semé la terreur dans toute l'Europe, Brigades rouges en Italie, Bande à Baader en Allemagne et Action directe en France. Attentats, enlèvements, assassinats étaient leurs armes pour faire trembler la bourgeoisie capitaliste. C'est dans cette histoire récente que s'inscrit La part du feu, mettant en scène le fictif Mouvement pour la lutte clandestine et son leader Guillermo Zorgen. En suivant sa trace, Laurence, son héroïne, nous fait voir de l'intérieur le fonctionnement rigide de ces mouvements à tendance marxiste dont les membres sacrifiaient tout à la Cause. Mais qu'on ne s'y trompe pas, le texte d'Hélène GESTERN n'est pas un traité politique! C'est surtout un roman sur les passions de la jeunesse, qu'elles soient politiques ou amoureuses, sur les excès, sur les engagements, ceux qu'on renie ou qu'on suit jusqu'au bout, jusqu'à l'absurde.
    De belles pages pleines d'émotion pour une histoire familiale qui s'inscrit dans un contexte historique récent peu évoqué en littérature. Une très belle découverte d'une auteure à suivre.


  • Conseillé par
    14 janvier 2013

    Laurence Emmanuel apprend par hasard que Jacques n'est son son père biologique. Il aura fallu plus d'un an pour qu'elle s'intéresse à cette révélation. Sa mère dont la santé décline a toujours eu l'habitude de tout garder. Dans une boîte, elle trouve des lettres écrites par un certain Guillermo Zorgen un militant d'extrême gauche des années 1970. En effectuant des recherches, elle apprend que l'homme et son groupe ont tué. Une question l'obsède : quel est le lien entre ses parent et ce groupe anarchiste?

    Dans son premier roman Eux sur la photo, Hélène Gestern affirmait une belle écriture et un goût pour les histoires de famille passées sous silence. Avec ce nouveau roman, elle nous plonge dans une double quête. Celle de la filiation et celle d'une France post mai 68 où des groupements politiques, idéologiques voient le jour. Avec une soif de liberté, l'envie de faire bouger la société de l'époque et de renverser les rouages des mécanismes pour une prise de conscience. Mais l'envie peut revêtir le visage de la rage, de la rancoeur et d'actions dangereuses. Quel est le rapport entre ses parents modèles et ce Guillermo anarchiste et terroriste? Laurence est bien décidée à le découvrir.
    Alternant habilement le récit de plusieurs personnages, les recherches de Laurence, les écrits ( lettres, recueil de poésie de Guillermo, livres), Helène Gestern réussit à établir une intrigue tout en dévoilant comment une simple recherche peur avoir des conséquences importantes à bien des niveaux. Son père lui intime l'odre d'arrêter, des hommes bien placés s'en mêlent également mais elle ira jusqu'au bout de sa démarche en n'étant pas à l'abri de surprises et de révélations qui prennent des tournants inattendus.

    Le pari est réussi pour Hélène Gestern, elle nous montre que réveiller les fantômes du passé peut s'avérer dangereux, une danse avec le feu dont on peut sortir éclairé ou blessé. Elle revient aussi sur les années 70 et leur sillon où ont germé les idéaux d'une jeunesse s'engageant avec détermination mais sortie déçue, amère. Depuis Eux sur la photo, l' écriture a pris de l'assurance. Seul petit bémol, j'ai deviné facilement certains des rebondissements.