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L'équipe du Bateau Livre

Retour à Little Wing
21 août 2014

Coup de coeur littérature étrangère

Wisconsin, de nos jours. Quatre amis que la vie a séparé, chacun menant la sienne de son côté, se retrouvent dans leur ville natale. La trentaine entamée, ces retrouvailles riment avec bilan : sont-ils heureux ? Ont-ils fait les bons choix ?
Un très bon premier roman qui nous plonge dans l’univers des cow-boys du XXIe siècle.

En face
17,00
18 août 2014

Coup de coeur littérature française

Jean Nochez est un de ces petits personnages gris, sur lequel notre regard glisserait impassiblement en le croisant dans la rue, n’était un attentif auteur pour le pointer du doigt. Car Jean a une histoire, faite de silence, d’absence et de résignation, mais somme toute pas banale. Avec Solange, sa femme, ça ne va pas fort. Alors quand un appartement dans l’immeuble d’en face se libère, il en devient l’ingénu locataire. Comme ça, par impulsion. Et puis sur une impulsion aussi, il va le meubler, le remplir de bric-à-brac et, après tout pourquoi pas, traverser la rue une ultime fois, sans prévenir sa famille. Dommage, il y avait une quiche pour le dîner…

De cette situation improbable, un homme qui regarde sa vie continuer, sans lui, en face, Pierre Demarty tire la trame de son premier roman – que l’on espère suivi de nombreux autres tant l’écriture est jubilatoire. Pour une fois, la quatrième de couverture ne ment pas : il y a bien du Echenoz et du Melville derrière ce texte, qui regorge de clins d’œil et de références discrètes (ou pas) qu’on s’amusera à débusquer. Derrière l’apparente nonchalance de Jean Nochez, la tension monte imperceptiblement ; le coup de théâtre n’est pas loin !

La caverne des idées, roman
18 août 2014

Coup de coeur littérature étrangère

José Carlos Somoza aime brouiller les pistes et dérouter son lecteur, tout en menant une singulière réflexion sur le pouvoir de la littérature. Dans La caverne des idées, il joue sur les codes du roman policier, du conte mythologique et de l’essai philosophique. Il va jusqu’à inventer une nouvelle figure de style, baptisée l’eidesis, un procédé littéraire utilisé pour faire naître des images subconscientes dans l’esprit du lecteur à l’aide de mots clefs, permettant ainsi un deuxième niveau de lecture. Découverte par le narrateur alors qu’il a pour mission de traduire un ancien texte grec, d’après un manuscrit copié par un certain Montalo qui l’a lui même transcrit des papyrus originaux, cette eidesis va bientôt l’obséder, et le perdre.
Le pari de Somoza est réussi dans ce roman ingénieux et brillamment maîtrisé. L’intrigue grecque, avec ses beaux éphèbes sauvagement assassinés et son perspicace "déchiffreur d’énigmes", est d’autant plus haletante que le narrateur lui-même commence à se sentir traqué, et raconte les étapes de la traduction ainsi que ses craintes concernant sa sécurité personnelle dans des notes de bas de pages qui prendront une importance croissante. Le dénouement sera doublement diabolique !

Et qu'advienne le chaos
18 août 2014

Coup de coeur SF

Dans la catégorie scientifique fou et mégalomane, on pourra désormais décerner le grand prix à Mikael Korta. Chercheur pour Biometrics Inc., une entreprise qui stocke la plus grosse base de données sur les iris*, il travaille dans son temps libre sur une "théorie des calques". Un "calque" serait une sorte de monde parallèle que verraient les personnes isolées du monde réel grâce à une manipulation effectuée sur leur iris. D’où la sensation de se retrouver seul sur terre, brutalement, pour 9999 secondes… ou pour toujours. Car Mikael Korta a un plan : éliminer tous les autres "calques", et être le dernier être vivant dans le monde "réel". Seuls April, son ancienne collaboratrice, et Vincent, qui partage le même "calque" que lui, ont la possibilité de sauver l’humanité… N’est-ce pas un peu trop leur demander ?
Hadrien Klent nous sert un savoureux roman, entre science-fiction et thriller, la dose d’humour en prime. De quoi ravir les amateurs d’univers déjantés, de Shakespeare (dont le Timon d’Athènes a donné le titre) et les misanthropes !

La fractale des raviolis
18 août 2014

Coup de coeur littérature française

Lassée par les infidélités nonchalantes de son mari, et par ses excuses inexcusables (la dernière en date étant : "je l’ai sautée par inadvertance"), une femme décide d’en finir une bonne fois pour toutes. Elle a donc préparé un plat de raviolis prêt à accomplir le crime parfait. Mais le petit voisin s’invite au dîner et tout bascule : les événements s’enchaînent, le livre se déroule à la façon de poupées russes, comme si chaque histoire pouvait en cacher une autre.


C’est ainsi que l’on apprendra le secret des Vierges de Barhofk, qu’on fréquentera un arnaqueur de vieilles dames, qu’on découvrira une maladie qui transforme la vision en infrarouge et qu’on frissonnera à l’idée qu’un enfant puisse imaginer "cinquante façons astucieuses de tuer une sauterelle". Tour à tour drôle, cynique, absurde ou dramatique, ce roman composite est un vrai bonheur de lecture. Pierre Raufast réussit parfaitement l’exercice de style, jusqu’à la chute finale. Et la boucle est bouclée !