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L'Autre Monde L.

par (Libraire)
31 décembre 2016

"L'essentiel est invisible pour les yeux..."

Jacques Papier a une relation fusionnelle avec sa sœur jumelle, Fleur, et pourtant, il se sent rejeté par le reste du monde, que ce soient ses camarades de classe, ses professeurs, ou pire, ses propres parents. Il se sent comme qui dirait invisible. Au détour d'une conversation, il apprend que Fleur a un ami imaginaire. Furieux, il décide d'avoir son propre ami imaginaire et invente le superbe Dragon-Hareng, jusqu'au moment où il comprend la terrible vérité : il n'est pas un petit garçon, ni même le frère de celle qu'il croyait être sa jumelle... L'ami imaginaire, c'était lui depuis le départ.
Tel Pinocchio, qui voulait devenir un véritable petit garçon, Jacques va partir en quête de sa véritable raison d'être. Fleur va accepter, douloureusement, de le laisser partir, et notre héros va devenir le compagnon imaginaire d'autres enfants qui, il va le découvrir, ont besoin de lui pour se réaliser : Merla, qui avant de pouvoir adopter un vrai chien, va devoir prouver qu'elle peut s'occuper d'un compagnon à quatre pattes issu de son imagination, ou Bernard, qui lui, donnerait tout pour effectivement être imaginaire. Mais parviendra-t-il a retrouver Fleur, a qui il a promis de revenir un jour ?

Ces confessions sont une véritable quête initiatique. Jacques ne se départit jamais de son sens de l'humour ravageur, même quand il est au bord du désespoir. Il se pose des questions propres à tous les enfants (aussi réels qu'imaginaires), sur le but de l'existence, et l'acceptation de soi. C'est un roman à la fois drôle et touchant, avec de vrais moment d'émotion. Jacques, aussi invisible soit-il, est un personnage attachant, aussi adorable et spectaculaire que le fameux Dragon-Hareng... à moins qu'il ne le devienne vraiment à la faveur de l'imagination d'une petite fille...

Clémentine Beauvais

Sarbacane

15,50
par (Libraire)
31 décembre 2016

Songe d'un amour d'été

Quand ils se rencontrent, Tatiana a quatorze ans, Eugène en a dix-sept. Elle a grandi bercée par des romans d'amour qu'elle rêve de rejouer en secret, il est habité par un spleen baudelairien et se prend pour un adulte. Elle l'idéalise, l'aime, le lui déclare, il la rejette pour une raison futile. Et ce n'est bientôt plus un roman d'amour qui se joue, mais une véritable tragédie grecque, quand le meilleur ami d'Eugène, Lensky, perdu pour l'amour de la sœur de Tatiana, la belle Olga, se tue par accident, séparant les deux âmes romantiques une première fois.
Dix ans plus tard, Eugène croise Tatiana par hasard dans le métro. Il tombe amoureux d'elle au (presque) premier regard, et en fait rapidement une obsession. Rongé de regrets, il fait tout pour séduire la belle, qui s'y refuse, évidemment. C'est désormais elle l'adulte, et lui qui se conduit comme un enfant.
Ce texte est un hymne à l'amour et à la poésie. Tatiana est une amoureuse de l'amour plus que de son objet. Prête à tout lui sacrifier quand elle n'est encore qu'une enfant, elle devient une héroïne moderne en s'y refusant finalement, au nom d'elle-même et de ses projets, de ses envies, quand Eugène, lui, n'a pas su échapper à son destin ; il vie une vie monotone, enfermé dans la routine du quotidien qu'il s'était juré de ne jamais s'infliger adolescent.
Songe à la douceur, c'est l'éternel drame amoureux de ceux qui ne parviennent jamais à s'aimer autrement qu'en perpétuel décalage. Clémentine Beauvais n'invente rien, mais elle réinvente à la perfection, en nous proposant cette relecture d'Eugène Onéguine, dans une version modernisée où les déclarations d'amour se font par messages électroniques. Fidèle à l'esprit du chef-d'oeuvre d'origine, elle écrit en vers, et ponctue parfois le texte d'exercices de styles qui ne font qu'ajouter à sa beauté sans jamais en entraver la fluidité : c'est un roman qui se lit comme un poème, un poème qui se lit comme un roman. 

19,50
par (Libraire)
17 septembre 2016

Penny dreadful

Helen Wrexhall, dix-huit ans, doit être présentée à la cour. Nous sommes en 1812 et c'est encore le meilleur moyen de faire son entrée dans la société et de se garantir un beau mariage, quand on est une jeune fille issue de la noblesse comme elle. Mais l'ombre de sa mère, disparue dix ans plus tôt et accusée de trahison à sa mort, plane encore au-dessus d'elle. Ses craintes se confirment quand elle est frappée par une suite d'événements mystérieux, dont la disparition d'une femme de chambre, et surtout, sa rencontre avec le ténébreux - et dangereux ? - Lord Carslton.
Helen a un caractère bien trempé ! Féministe avant l'heure, elle aime les bals et la frivolité de sa classe, mais rêve d'indépendance dans une société où la femme ne doit se préoccuper que de bien paraître et de bien se marier. Elle revendique sa curiosité et son intelligence quand on lui dit « sois belle et tais-toi ». On ne peut s'empêcher de faire un parallèle avec la Lizzie Bennet de Jane Austen, d'autant que Lord Carlston, sombre et mystérieux, qu'elle déteste au premier regard, n'est pas sans rappeler un certain M. Darcy.
Vous croyez connaître toute l'histoire ? Préparez-vous à être surpris, car c'est à ce moment précis que s'invite le fantastique. En effet, Londres est infestée de monstres, et Helen, qui a hérité de sa mère la capacité extraordinaire de les combattre, découvre qu'elle doit intégrer le Club des Mauvais Jours, la police secrète qui les affronte dans la plus grande confidentialité. Helen se sent partagée entre le rêve de devenir une femme du monde - mais est-ce bien son rêve, ou seulement le rôle qu'on lui a appris à jouer depuis sa naissance ? - et sa soif d'aventures.
Alison Goodman nous plonge dans l'Angleterre de la Régence ; et si, dans ce monde, les beaux atours des plus riches contrastent violemment avec la pestilence des quartiers les plus pauvres, il faut se méfier des apparences, car les créatures les plus répugnantes ne sont pas forcément celles que l'on pense. L'aventure, le frisson et un soupçon de romance se sont donné rendez-vous, et le résultat est stupéfiant !

Roman

Mélanie Richoz

Éditions Slatkine

par (Libraire)
29 août 2016

L'extinction des dinosaures

Comme chaque lundi, Antoine tue son père. C'est une habitude dont il a besoin, car c'est un enfant atteint d'Asperger, et qu'il a besoin de repères, de rituels répétés en boucle qui le rassurent. Alors il tue son père, « pour de faux » évidemment, jusqu'à ce qu'il le tue « pour de vrai ». Une mauvaise chute, un accident bête. Son père fait le mort, mais il tombe mal, se cogne la tête, et ne se relève pas. Et c'est un monde calibré au millimètre carré qui s'écroule. Pas seulement pour Antoine, mais aussi pour sa mère.
Antoine, pendant longtemps, continue à croire – mais le croit-il vraiment ? – à un jeu auquel son père excelle particulièrement, mais se construit dans le même temps en dehors de cette figure paternelle. En parallèle, sa mère s'effondre peu à peu tout en essayant de le dissimuler, et son père assiste, impuissant dans son lit d'hôpital, à ce retournement de situation.
J'ai tué papa est, en effet, un roman à trois voix. Chacune de ces voix donne un regard différent sur le handicap, sur la particularité d'Antoine. Ce dernier essaie tant bien que mal de s'intégrer dans un monde qu'il ne comprend pas toujours, et surtout, sans cet homme, son père, qui le rassurait tant dans les moments de crise, alors que sa mère, qui sait à peine gérer son propre désarrois, ne sait plus à quel saint se vouer.
Et paradoxalement, presque prophétiquement, c'est en « tuant le père » qu'Antoine va réellement pouvoir se construire en tant que personne. Il va réussir à inverser les rôles et à se faire le pilier de sa mère quand celle-ci ne se sent plus capable de supporter le poids du chagrin, et encore moins la charge de cet enfant qu'elle a peur de ne pas savoir gérer sans son père. Il s'agit quasiment d'un roman initiatique, où Antoine va passer de l'enfance à l'âge adulte, avec cette sorte de candeur qui prête à sourire et qui le caractérise tout au long du roman, notamment dans son regard sur le drame qui touche sa famille : ce n'est pas lui qui est différent, c'est ce monde qui est fou.

par (Libraire)
29 août 2016

Comme les larmes dans la pluie

Madel est journaliste aux Phillipines. C'est une étrangère, et elle a du mal à supporter sa stigmatisation, qu'elle partage avec son compagnon, Jan, qui, bien qu'originaire de cette région, est considéré comme un nanti. Le soir de l'anniversaire de celui-ci, un typhon est annoncé. Rien d'inhabituel pour une population déjà trop familière des caprices climatiques. Et l'excuse du mauvais temps était trop belle pour les invités qui sont tous aux abonnés absents, si ce n'est une voisine qui vient, au désespoir, confier son enfant au couple. Mais le typhon se fait de plus en plus menaçant, et en quelques heures tout bascule.
Le typhon devient tsunami, la belle maison au murs blancs, qui semblait pourtant si solide, s'écroule sous la force de l'eau destructrice. Jan est emporté par la vague, et Madel laisse glisser la main de l'enfant qui lui avait été confié malgré elle.
Au lendemain de la catastrophe, il ne reste plus qu'à compter les morts.
Anaïs Llobet, qui a elle-même vécu ce tsunami qu'elle raconte dans les Mains lâchées, réussit à équilibrer parfaitement la tension entre des moments d'émotions très intenses, où les victimes témoignent avec une justesse rare de la manière dont ils vivent les événements, et des moments de reportage, où son héroïne se fait violence pour rester professionnelle malgré le drame qui la touche personnellement. Madel n'a pas le droit d'être une victime comme les autres, pas seulement parce qu'elle est journaliste et qu'elle doit faire son « travail », mais parce qu'elle est étrangère, parce qu'aux yeux de tous les autres, elle ne pourra jamais vraiment comprendre ce que c'est de tout perdre, parce que pour tous les autres, ce n'est pas la première fois, même si c'est peut-être la pire.
Les Mains lâchées est un roman qui prend aux tripes, et qui nous rappelle aussi à quel point le drame, quand il est à l'autre bout du monde, est éphémère pour ceux qui ne le vivent pas directement, dans une société de l'immédiateté où la tragédie est mise aux enchères.