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Yv

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Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

Les trois Brestoises T 3, L'assassin qui aimait Paul Bloas

L'assassin qui aimait Paul Bloas

Palémon

10,00
par
27 juillet 2019

Numéro trois de la série des Trois Brestoises (Haines, La cage de l'albatros) et plus la série avance, plus la tension monte, plus les relations entre les personnages se durcissent ou s'améliorent. Léanne, malgré les charges contre elle, ne gagne pas en souplesse et en prudence. Lorsqu'elle enquête, elle est à fond et prend des risques. Ses copines, Vanessa, la psycho-criminologue et Elodie la médecin-légiste sont toujours là pour l'épauler, la freiner dans ses élans parfois contre-productifs, la soutenir dans ses moments difficiles (et vice-versa, chacune soutenant les autres) et jouer de la musique toutes les trois. Le trio fonctionne bien, ainsi que le commissariat de Léanne qui la suit, même en râlant et en s'opposant frontalement à ses directives, mais tous la soutiennent.

La série est fortement addictive et ce troisième tome se lit sans s'arrêter. Si les mésaventures de Léanne qui risquent de lui coûter très cher auraient pu faire croire au lecteur que celle-ci allait se reposer le temps d'un épisode, il n'en est rien, elle est repartie de plus belle. Cette fois-ci, Pierre Pouchairet nous promène dans les sous-sols de Brest qui fut l'un des points fortement gardés et sécurisés par les Allemands pendant la guerre : blockhaus, bunkers, hôpital souterrain, centrale électrique... La visite est passionnante, instructive et les lieux tellement propices à ce que s'y déroulent des événements glauques, violents et secrets. Je connais un peu Brest, mais pas ses sous-sols qui auraient pu me rafraîchir lors de ma lecture faite pendant l'épisode caniculaire récent, mais que nenni ! De rebondissements en découverte d'autre cadavre, de traque à pérégrination quasi spéléologique, Léanne et ses collègues n'arrêtent pas, ce qui fait que moi, lecteur, je n'ai pas eu le temps de profiter de la fraîcheur, mon petit cœur battant au rythme rapide de ce polar.

Indispensable lecture estivale, et le mieux, c'est d'emporter les trois tomes dans les valises. Un seul vous seriez frustrés. Et puis ce polar met en exergue les paroles de la chanson "Brest" de Miossec, que vous risquez d'avoir en tête un moment, ce qui est une excellente autre nouvelle.

Aux portes de la mémoire
par
27 juillet 2019

Bon, me voilà bien embêté pour parler de ce livre qui allie une intrigue bien menée, machiavélique, un truc bien tordu qui ne laisse pas indifférent à une écriture qui privilégie les dialogues pas toujours indispensables et surtout à une idée qui n'est pas vraiment exploitée à sa juste hauteur. En effet, cette idée des Monos et des Duos ne m'a pas convaincu, je pensais que chaque matin des uns et des autres serait vierge et que le vie recommençait, mais par un subterfuge -l'IDiary, le journal électronique individuel-, chacun note ses journées et peut apprendre les faits notés pour ... s'en souvenir. Donc ces problèmes de mémoire finissent par n'en être plus, et j'avoue n'avoir pas compris l'intérêt du truc ; mais sans doute suis-je passé à côté d'informations. L'écriture non plus n'a rien de transcendant. Non, ce qui fait l'originalité de ce roman c'est vraiment l'intrigue et la construction, alliées tout de même à la lecture des journaux des uns et des autres, comme quoi l'idée des mémoires qui flanchent n'est pas totalement ratée. Felicia Yap balade tranquillement son lecteur dans une histoire tortueuse dans laquelle on se doute qu'il y a machination, mais on ne sait pas trop qui l'a ourdie. On s'attend également à des surprises, des détails à chaque page, ce qui rend la lecture plaisante, du genre de celle qu'on ne lâche pas aisément.

Les replis de l'hippocampe
par
27 juillet 2019

Salomé est atteinte d'une infirmité motrice cérébrale, suite à un accouchement qui s'est très mal passé. Salomé fête ses dix-huit ans. Le même jour sa mère, Calista, apprend que son mari, Cyril, le père de Salomé -et de Théodora leur cadette- la trompe depuis dix-huit ans avec la même femme.

Calista l'oblige à quitter la maison et le couple. Puis, elle se met à écrire un roman, celui de cette période compliquée, faisant des parallèles entre l'accompagnement de tous les instants de Salomé et l'adultère de Cyril, tentant de comprendre l'un à travers l'autre ou comment elle aurait pu découvrir l'un grâce à l'autre.

Évacuons tout de suite, ce que j'aime moins dans ce livre : des longueurs ou répétitions, des choses que j'ai eu l'impression de lire et relire, mais pour contrebalancer cette sensation, l'épreuve traversée par Calista est douloureuse et elle a beaucoup à expulser, à dire. Dix-huit années de retenue. Dix-huit années avec Salomé quasi seule tant Cyril s'absentait pour son travail et pour sa maîtresse. Et une réflexion permanente sur le couple en général et sur le couple lorsque celui-ci est parent d'une enfant handicapée.

Ce que j'aime beaucoup maintenant et qui compense très largement les lignes ci-dessus, c'est le style : direct, des phrases courtes, simples qui vont droit au but. Ça rend le roman dynamique, absolument pas plombant alors que le thème pourrait le laisser croire, mais Calista, même si elle a des moments d'abattement se relève toujours avec une envie inébranlable. Elle ne tait rien, contrairement à Cyril, tout est dit dans son roman, ses questions, ses actions, ses remarques les plus intimes la concernant elle ou Salomé. Elle se livre totalement. "Les souvenirs se cachent dans les replis de l'hippocampe, siège de la mémoire. Calista essaie de les extraire, elle tire fort, et plusieurs fois, comme la gynéco avec la ventouse, il y a dix-huit ans. Ceux qui sortent, elle les réanime. Ils se remettent lentement à respirer, tenant à peu près debout. Elle fait avec. Elle lit que marcher rapidement pendant quarante minutes trois fois par semaine, en balançant bien les bras, favorise la mémoire, des études le démontrent. Elle s'y met. Au moins le temps d'écrire ce livre." (p.51) Et la manière d'écrire, avec ses allers-retours, ses images, ses comparaisons entre le handicap de Salomé et la trahison de Cyril, l'humour parfois désespéré, parfois plus vache voire assez méchant et totalement assumé donne un ton réaliste. J'ai eu l'impression de lire une version romancée de situations vécues. Calista ne juge pas beaucoup, elle aligne les faits qui parlent d'eux-mêmes, elle s'emporte et se raisonne, puis ne raisonne plus du tout. Les médecins et notamment la gynéco qui l'a accouchée ne sont pas tant accablés et pourtant, il y a matière à le faire. Cette gynéco n'en sort pas grandie, le contraire eut été étonnant, mais Calista ne s'attarde pas sur cette colère et préfère garder son énergie à s'occuper de Salomé qui lui en demande tant.

Ce roman est d'une vivacité folle, d'une force peu commune. Corine Jamar raconte le quotidien des parents d'enfants porteurs de handicaps, plus ou moins sévères. 80% des couples ne résistent pas, la mère se retrouvant dans la très grande majorité des cas à assumer l'enfant dans sa vie de tous les jours : les couches, les repas, les colères, les cris inexpliqués, les recherches de centres, les allers-retours, ... Tout cela elle le dit sans détour, ajoutant la situation de séparation du couple, un moment toujours délicat après vingt ans de mariage et l'écriture du roman.

Tout cela est fort bien fait et les passages d'un thème à l'autre se font au détour d'une phrase, parfois dans la même sans que cela ne gêne. Excellent roman qui permet de comprendre -de loin- le quotidien des parents d'enfants handicapés et qui continuent à vivre pour eux aussi. Le tout emballé dans une écriture directe qui m'a ravi.

PREMICES DE LA CHUTE
par
2 juillet 2019

Retour de Tedj Benlazar et de Frédéric Paulin, son créateur, après l'excellent "La guerre est une ruse", qui se déroulait en Algérie au début des années 90, juste après les élections qui avaient fait gagné les islamistes.
Frédéric Paulin continue de tirer le fil de l'importation du terrorisme en Occident. C'est toujours remarquablement fait, car il sait mêler la réalité à la fiction. Ses personnages inventés se joignent et se mêlent aux personnes ayant réellement existé, le tout donnant un récit crédible et réaliste. Il explique toute l'époque, tous les actes qui amèneront vers les attentats du 11 septembre 2001, leur préparation, les cafouillages des divers services de renseignements et de police pour, souvent, de simples guerres entre eux. Il n'oublie pas d'évoquer certaines théories complotistes en les traitant comme telles.

C'est passionnant et instructif, même pour quelqu'un de ma génération ayant vécu tout cela, sans doute d'assez loin. Ce qui fait la force de son roman et lui donne une puissance indéniable, c'est aussi l'ajout de ses personnages fictifs, de leurs vies professionnelles et personnelles difficiles. Il leur donne corps et n'en fait pas de simples faire-valoir du contexte. Ils vivent pleinement l'époque et leur travail, ce qui donne même beaucoup de relief aux événements décrits. L'auteur donne vie à des personnages qu'on a envie de retrouver.

J'étais étourdi à la lecture du premier livre de la série, je le suis tout autant avec le deuxième, et je crois savoir qu'un troisième est prévu. Les romans comme celui-ci qui expliquent et instruisent sur une époque ou un thème, qui ne sont pas rébarbatifs, me passionnent. Je prends une option sur le troisième opus.

La Caverne vide

Dimana TRANKOVA

Intervalles

22,90
par
2 juillet 2019

Roman dense et troublant. Dense parce que l'auteure va au plus profond de ses personnages, et comme chacun peut être en totale opposition à l'autre, elle construit des situations nombreuses, des discussions, des débats sans fin, John notamment venant mettre à mal tout ce qui fait le quotidien des habitants de la Patrie populaire : soumission, censure... Difficile de n'y pas voir, le titre du roman est pour cela transparent, une référence à l'allégorie de la caverne de Platon, qui comme de bien entendu est un auteur subversif et interdit dans le pays. Pour l'avoir lu et s'en être inspiré, un philosophe est dans un camp de travail. La densité vient aussi évidemment du contexte ainsi que l'aspect troublant que j'évoquais plus haut. Là aussi, une référence est revendiquée et claire : "1984" de George Orwell. Tout y fait penser. Ce qui rend le récit de Dimana Trankova troublant c'est la proximité géographique et géopolitique. La montée de ce que l'on nomme couramment les populismes en Europe et plus généralement dans le monde fait craindre ce genre de dérives. Le monde que décrit l'auteure n'est peut-être pas si loin que cela. Sa dystopie nous parle directement de ce qui pourrait bien advenir si nous continuons à mettre au pouvoir des gens qui ne rêvent que de grandeur de leur patrie, de patriotisme, de nationalisme, de protectionnisme. Le flicage intensif en Chine qui se développe et fait craindre le pire est tout à fait dans l'ambiance de ce roman. Ambiance angoissante que l'on peut aussi retrouver dans l'excellente série Black Mirror (au moins les deux premières saisons).

Si Dimana Trankova n'invente pas totalement le monde qu'elle décrit puisqu'elle s'inspire des meilleurs dans ce domaine, elle le raconte d'une manière très personnelle, il faut bien rester concentré, ce n'est pas un roman que l'on lit en écoutant de la musique par exemple. Ce serait long d'aborder tous les points dont traite l'auteure et sans doute pas suffisant pour dire tout le bien que je pense de ce livre, encore une fois dense, pour lequel il faut s'accrocher au début, mais la récompense est au bout, avec la sensation d'avoir lu une œuvre forte et puissante. Un livre, des situations et des personnages qui resteront en mémoire longtemps.