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Clara

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Une lectrice du bout du monde (ou presque) qui aime la vie et forcément les livres. Et un blog où je partage quelquefois mes lectures : http://claraetlesmots.blogspot.fr

Ce que savait la nuit

Anne-Marie Métailié

21,00
13 février 2019

L’Islande et ses glaciers attirent nombre de nouveaux visiteurs. Et justement, lors d’une excursion, des touristes découvrent le cadavre d’un homme sur le glacier de Langjökull. Un homme disparu depuis trente ans et à l’époque, Konrad, officier de police, s’était occupé de l’affaire. Les soupçons s’étaient orientés vers l’ancien associé de l’homme mais ce dernier a toujours nié son implication. Et bien que désormais mourant, il clame toujours son innocence.

Alors qu’il a pris sa retraite, la curiosité de Konrad est piquée à vif. Et s’ils étaient passés à côté d’un élément? Et si Hjaltalin disait la vérité ? Impossible de le savoir car il est emporté par la maladie. La découverte du cadavre sur le glacier fait la une des journaux et une femme contacte Konrad. Son frère aurait été renversé intentionnellement par une voiture car il avait des informations pour la police.
Konrad commence officieusement à se replonger dans l’enquête et ce sont des pans de sa vie qui remontent à la surface. Le décès non élucidé de son père qui n’était pas un enfant de chœur, son couple avec Erna et sa solitude actuelle. Ce personnage en proie à des remords doit affronter le passé mais aussi l’accepter tandis que de nouveaux éléments apparaissent dans l’enquête. L'occasion pour Arnaldur Indridason de nous dépeindre sans concession les difficultés sociales et économiques de l’Islande mais aussi de nous plonger dans l'enfance trouble de Konrad.

Un polar efficace où l’auteur ne nous oppresse pas et où comme toujours, la dimension humaine est importante. Seul regret de taille, je m’étais prise d’affection pour Erlendur et il me faudra plusieurs enquêtes pour m’attacher à Konrad (plus froid aux premiers abords).

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Qui a tué l'homme-homard ?
11 février 2019

À Margoujol, un petit village tranquille de Lozère, un homme vient d’être retrouvé assassiné et son cadavre a été découpé en plusieurs morceaux. Les habitants sont en émoi même si le défunt n’était pas apprécié. Lui et d’autres membres d’un cirque, tous pourvus d’étrangetés diverses physiques, se sont installés dans cette localité il y a fort longtemps (le directeur du cirque ayant été assassiné lui aussi). Pour Lucie, la fille du maire, c’est l’occasion de pimenter un peu sa vie. Gravement handicapée et clouée dans un fauteuil, elle communique grâce à son seul doigt valide et un ordinateur. Quand deux gendarmes sont dépêchés sur place pour élucider l’affaire, elle les assiste.

Narré par Lucie qui manie férocement l’autodérision et le cynisme aigu, ce roman dézingue les préjugés et pousse le lecteur dans ses retranchements concernant le handicap (il fallait oser) et le politiquement correct. Tout s’enchaîne à toute vitesse d’autant plus que de nouveaux meurtres ont lieu. J. M. Erre joue une fois de plus avec les codes du polar, il décrypte pour nous les recettes à succès de cette littérature, parodie l’information et nous amène à des réflexions avec un regard sans aucun tabou sur la différence (vous êtes prévenus).
On retrouve l’humour décliné à la sauce J. M. Erre avec des situations complètement loufoques ou absurdes. Une fois de plus, j'ai souri, j'ai ri et mon petit cœur s'est également serré.
Une lecture anti-morosité assurée !

"Toujours réjouissant de voir les gens faire comme si tout était normal alors que leur visage exprime le contraire. Personne n’ose jamais me dire "Vous parlez ? C’est incroyable !" ou "Vous comprenez ce qu’on dit ?" ou encore "Alors vous n’êtes pas vraiment un légume ?" Ca ne se fait pas de parler à une handicapée de son handicap, au cas où elle ne serait pas au courant de son état."

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Personne n'a peur des gens qui sourient
8 février 2019

Un jour de juin, Gloria embarque ses deux filles, Stella et Loulou, direction l’Alsace avec en point d'ancrage : la maison de sa grand-mère, dans la forêt de Kayserheim. Toutes les trois quittent le soleil de la Côte d’Azur et cela va sans dire que Stella l’aînée, âgée de seize ans, n’est pas très enchantée de cette parenthèse présentée comme des vacances par sa mère. Car Gloria n'a nullement prévu de revenir.

Est-ce que Gloria fuit quelque chose ou quelqu’un ? C’est la question que l’on se pose et évidemment, Véronique Ovaldé ne va pas nous donner la réponse ou les réponses d’emblée. On prend d’abord le temps de faire plus ample connaissance avec Gloria et de son entourage familial. Suite au décès de son père qui l'a élevée jusqu'à l'adolescence, Gloria a pu compter sur tonton Gio, un brin paranoïaque Cet associé et ami de son père l’ayant prise sous son aile, elle travaille comme serveuse dans son établissement, un café au nom de La Traînée (ça ne s’invente pas). Et Gloria, jeune fille à l'aube de sa majorité, y rencontre l’amour avec un grand A, le futur père de ses filles en la personne de Samuel un garçon vivant de petits trafics et décédé depuis. Le bonheur se révèle parfait en apparence ou selon toute vraisemblance. Car peu à peu et très habilement, Véronique Ovaldé instaure de légers flottements, sème le doute et l'entretient d'autant plus que Gloria est délicieusement excessive et attachante. Pour savoir de quoi il s'agit, il faudra le lire car je n'en dis pas plus...

Vif et entraînant avec ses descriptions très justes concernant notamment les figures maternelles et ses mille petits détails qui font mouche, ce roman prend un tournant plus sombre avec une réelle tension très bien distillée. L'atmosphère nous harponne, l'écriture de Véronique Ovaldé nous charme avec ses exquises incartades et sa fantaisie. Elle joue avec le lecteur pour le plus grand de nos plaisirs et on mord à l'hameçon, un régal !

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À la ligne, Feuillets d'usine

Feuillets d'usine

La Table Ronde

18,00
6 février 2019

Il a fait des études et il a rejoint celle qui l’aimait en Bretagne. Avant, il travaillait dans le social. Avant car désormais faute d'emploi dans son secteur et pour gagner de l’argent, il est intérimaire en usine agroalimentaire. Travail précaire de quelques semaines ou plus, la fatigue du corps qui devient "un atlas de troubles musculo-squelettiques", les horaires décalés, le travail répétitif de celui d’ouvrier. Crevettes puis bulots sur les chaînes de production. Trier, devoir tenir le rythme encore plus vite, subir le bruit et le tonnage imposé, continuer, serrer les dents, attendre les pauses café-clope minutées. La mission qui se termine, recevoir juste un "au revoir" et commencer dans une autre usine, plus précisément un abattoir : pousser des carcasses sur des rails, nettoyer le sang et les viscères. Être flexible, jongler avec les horaires pour le co-voiturage, accepter les heures supplémentaires sans avoir trop le choix et supporter quelquefois les petites remarques.
Compter, décompter le temps avant de pouvoir rentrer chez soi exténué, vidé.

L’esprit vagabonde, pioche dans la littérature, la poésie ou la chanson tandis que le corps exécute inlassablement les mêmes gestes. Ce quotidien de tant de personnes est magistralement écrit par Joseph Ponthus qui l'a vécu. Un enchaînement de strophes sans ponctuation où les renvois à la ligne soulignent la justesse des mots, la dureté de ce travail, le souffle de la vie malgré tout. Un hymne scandé sans oublier la solidarité entre collègues, l’amour qu’il porte à sa femme, des moments fugaces de bonheur simple passés hors de l’usine et aussi des pointes d’humour comme pour conjurer et éloigner l'emprise de l'usine.

Un magnifique hommage à celles et tous ceux dont c’est la vie, les intérimaires des usines, ces personnes trop souvent oubliées et non considérées.
Cet OVNI littéraire est un uppercut par sa puissance, sa singularité et sa beauté douloureuse. Il se lit, se relit et laisse une empreinte durable dans le cœur et dans l’esprit.
Un coup de cœur entier et total !

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San Perdido
19,90
4 février 2019

Au Panama dans le bidonville de la petite ville de San Perdido, chacun se débrouille comme il peut. Et en cette année 1946, ses habitants découvrent un gamin de dix ans meut aux mains très larges doté d’une force incroyable. Une vieille femme, Félicia, se préoccupe de cet enfant aux yeux clairs et à la peau foncée. Surnommé La Langosta,Yerbo récupère des métaux dans la décharge pour gagner un peu d’argent.

Dans ce pays gangréné par la corruption, la misère côtoie l’opulence de quelques-uns. Les inégalités sont flagrantes : les politiciens agissent pour leurs intérêts personnels, les plus belles filles vendent leur corps aux hommes riches et puissants. Devenu un homme, Yerbo rend la justice à sa manière pour défendre les plus faibles et les femmes à la merci des hommes.
Les tromperies, les trafics, les abus de pouvoir et la jalousie jalonnent ce livre avec de nombreuses péripéties drôlement bien menées sans pour autant que l’on s’y perde. On est littéralement happé par l’écriture qui fait appel à tous les sens et par l'ambiance très vive.

S'inspirant des éléments du conte qui forgent les légendes, d'une part bien dosée de mystère et de romanesque, l'histoire du Panama n'est pas en reste. Ce roman foisonnant et coloré à l’image de la couverture est sensuel et généreux avec des personnages bien campés et d'une réelle densité.
Un premier roman mené tambour battant dans lequel David Zukerman se révèle un très bon conteur. Que demander de plus ?

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