Suivez-nous

Si la rentrée littéraire d'automne laisse place dans quelques jours à celle d'hiver qui s'annonce, il n'est jamais trop tard pour découvrir une œuvre forte, de celles qui marquent leur lecteur. "Histoires de la nuit" est de celles-ci. 

La Bassée, hameau des Trois filles seules. Vivent ici Les Bergogne, une famille ordinaire, composée de Patrice, agriculteur taiseux en proie aux angoisses liées à son exploitation, Marion, l'épouse dont le carcan marital semble l'étouffer, et Ida, leur fille, qui jouit de sa jeunesse avec l'innocence propre à son âge. 
Pour seule voisine, les Bergogne ont Christine, presque comme un membre de leur famille, une artiste solitaire, ex-parisienne venue s'exiler à la campagne. 

Sous cette apparente normalité couvent en réalité des non-dits, des secrets, des choses que l'on tait parce que si elles sont dites,...
Et tandis que les heures s'égrènent, que s'annonce la soirée d'anniversaire organisée à l'occasion des 40 ans de Marion, des inconnus s'invitent à la fête, dont il ne reste qu'un huis-clos glaçant. 

S'il y a bien une chose dont Mauvignier a su se rendre maître au travers ce roman, c'est du temps, qu'il manie avec beaucoup d'ingéniosité et de talent, jouant avec les phrases et l'alternance de personnages pour l'étirer et mieux installer le climat du roman. Et puis, comme un élastique sur lequel on aurait tiré trop fort et qui craquerait d'un coup, soudain, tout bascule, le temps pour le lecteur d'être surpris par cette détonation qui sonne le glas des heures antérieures, et apporte une nouvelle dynamique au roman.   
Qu'on se le dise : ce roman ne plaira pas à tout le monde. Parce qu'il est exigeant dans sa rédaction, et qu'il répond au contrat tacite passé entre l'auteur et son lecteur, d'accepter de faire l'effort d'entrer dans une prose, un univers, et d'accompagner des personnages, une intrigue tout au long des 634 pages qui le composent. 

Mais pour celles et ceux qui accepteront les termes du contrat, c'est hanté que l'on ressort de cette lecture, devant la puissance narrative des "Histoires de la nuit", de sa force évocatrice, de la justesse des personnages principaux auxquels on s'attache profondément, et qui laissent le lecteur aussi pantelant que s'il était là-bas, à la Bassée. 

Une oeuvre majeure dont il y aurait beaucoup plus à dire, mais qu'on ne saurait que trop vivement vous conseiller avec Roselyne.

Tous les conseils de lecture