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"Notre joie", éditions Fayard
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Le , L'Armitière

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Un soir à Lyon j’ai rencontré M, un jeune homme d’extrême droite qui avait adoré mon dernier livre. Pour un auteur qui se revendique comme moi de la gauche radicale, une telle situation demandait à être élucidée. Nous avons donc pris un verre.
Rapidement j’ai compris que M et moi semblions en effet avoir des ennemis en commun. Mais les ennemis de mes ennemis sont-ils appelés à devenir automatiquement mes amis ?
Tout aussi rapidement s’est posé le problème du langage. Nous n’usions pas des mêmes mots pour désigner les choses. Il disait « mondialisme », je disais « capitalisme ». Il disait « le système », je disais « la bourgeoisie ». Il pensait culturel et je pensais social. Il disait « la France » et je ne savais pas quoi répondre. A-t-on vraiment les mêmes ennemis quand on les nomme – les pense - différemment ?
Et qu’en était-il de nos aspirations, de nos désirs ? Il est vrai que la gauche à laquelle j’ai dit me sentir appartenir a souvent été réduite à penser « contre ». Contre les privatisations, contre les délocalisations, contre l’austérité budgétaire... Et c’est dans ce « contre » que M a cru que nous pouvions nous rapprocher. Mais si nous arrêtions de nous défendre, si nous songions à ce que nous souhaitons bâtir, nos chemins se sépareraient. Il aurait sans doute à cœur de restaurer la grandeur de la France quand je trouverais plus urgent de restaurer la sécurité sociale. Il aurait toujours besoin d’ennemis ; moi pas. Il aurait toujours besoin de colère ; je chercherais la joie.

Romancier, essayiste et dramaturge, François Bégaudeau est l’auteur de nombreux ouvrages parmi lesquels Deux singes ou ma vie politique (Verticales, 2013), En guerre (Verticales, 2018) et Histoire de ta bêtise (Pauvert, 2019), auquel Notre Joie offre une sorte de suite inattendue, à la frontière de l’essai et du récit.

  • Notre joie
    François Bégaudeau
    Fayard/Pauvert